Les grands projets industriels en France pour le captage et stockage de carbone

La France s'engage résolument dans une transformation profonde de son tissu industriel pour répondre aux enjeux climatiques. Face à l'urgence de réduire les émissions de gaz à effet de serre, le pays mise sur des technologies innovantes et des investissements massifs pour accompagner ses industries vers la neutralité carbone à l'horizon 2050. Le captage et le stockage de carbone apparaissent désormais comme des leviers indispensables pour atteindre les objectifs fixés par l'Union européenne et accélérer la transition énergétique.

Les initiatives industrielles françaises au service de la décarbonation

Le gouvernement français a récemment lancé un dispositif d'aide ambitieux pour soutenir les projets industriels de décarbonation, annoncé par Agnès Pannier-Runacher et Marc Ferracci. Ce mécanisme vise spécifiquement les installations soumises au système d'échange de quotas d'émission européen, le SEQE, qui regroupent les plus gros émetteurs industriels du pays. L'objectif est clair : permettre à l'Union européenne de réduire ses émissions de cinquante-cinq pour cent d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Pour y parvenir, les grands projets industriels en France bénéficient d'un soutien financier conséquent, avec un montant minimum d'aide fixé à vingt millions d'euros par projet. Cette initiative s'inscrit dans le cadre des lignes directrices concernant les aides d'État au climat et mobilise des investissements publics pour accélérer le déploiement des technologies de capture et stockage de carbone, aussi appelées CCS ou CCUS.

L'industrie française représente actuellement un cinquième des émissions nationales de gaz à effet de serre. Cependant, des progrès significatifs ont déjà été réalisés puisque les émissions industrielles ont été réduites de moitié depuis 1990, passant de cent quarante-trois millions de tonnes à soixante-douze millions en 2022. Pour 2030, l'objectif est de descendre à quarante-cinq millions de tonnes d'émissions, ce qui nécessite une accélération des efforts et une adoption rapide des technologies de décarbonation industrielle. La stratégie CCUS publiée par la France prévoit que les volumes de CO2 captés pourraient atteindre entre quatre et huit millions et demi de tonnes par an d'ici 2030, puis entre quinze et vingt millions de tonnes annuelles à l'horizon 2050.

Le projet Dunkerque CO2 et ses ambitions territoriales

Parmi les initiatives les plus structurantes, les grands clusters industriels français occupent une place centrale dans la stratégie nationale de captage et stockage de carbone. Le territoire de Dunkerque, aux côtés du Havre et de Fos-sur-Mer, figure parmi les zones prioritaires identifiées pour accueillir les premières infrastructures de capture et stockage de CO2. Ces bassins industriels concentrent en effet de nombreuses usines à forte intensité carbone, notamment dans la sidérurgie, la chimie et le raffinage, ce qui en fait des candidats naturels pour expérimenter et déployer à grande échelle les technologies CCUS. Le déploiement rapide de ces infrastructures est espéré entre 2028 et 2034, avec des investissements initiaux pour les dispositifs de captage pouvant varier entre cent et quatre cents millions d'euros par site industriel.

Ces projets ambitieux nécessitent une coordination étroite entre acteurs publics et privés, ainsi qu'une planification rigoureuse des infrastructures de transport et de stockage. Le coût estimé pour le captage de CO2 se situe actuellement entre cent et cent cinquante euros la tonne, ce qui représente un investissement considérable mais nécessaire pour réduire l'empreinte carbone des industries lourdes. Les territoires concernés bénéficient ainsi d'une dynamique d'investissements verts qui contribue à la fois à la transformation écologique et au maintien de l'emploi industriel local.

Les consortiums multi-industriels pour mutualiser les infrastructures

La mutualisation des infrastructures constitue un axe stratégique majeur pour optimiser les coûts et favoriser l'émergence rapide de filières CCUS compétitives. Plusieurs consortiums rassemblant des acteurs industriels majeurs se sont ainsi formés pour partager les infrastructures de captage, de transport et de stockage du carbone. Cette approche collaborative permet de réduire les investissements individuels et d'accélérer le déploiement des technologies à l'échelle territoriale. Des entreprises comme Lhoist, Vicat et Arcelor-Mittal participent activement à des projets pilotes visant à tester et valider les solutions techniques avant leur généralisation.

Pour accompagner ces initiatives, le gouvernement a également annoncé d'autres dispositifs complémentaires, notamment l'appel à projets DECARB IND 2025. Ce programme prévoit un montant minimum d'aide de trois millions d'euros et un plafond de trente millions d'euros par projet. Il vise spécifiquement les initiatives capables de réduire les émissions de plus de mille tonnes équivalent CO2 par an. Une phase d'enchères pour la sélection des projets est prévue jusqu'au 15 mai 2025, permettant ainsi d'identifier les solutions les plus efficaces et les plus prometteuses pour atteindre les objectifs climatiques fixés pour 2030.

Les technologies de captage et stockage déployées sur le territoire français

Les technologies de capture et stockage de carbone reposent sur des procédés innovants qui visent à capter le CO2 émis directement à la source, dans les usines, avant qu'il ne soit relâché dans l'atmosphère. Une fois capté, le carbone est transporté puis stocké de manière permanente dans des formations géologiques profondes. Cette approche permet de traiter les émissions incompressibles de certains secteurs industriels, comme la production de ciment, d'acier ou de produits chimiques, pour lesquels les alternatives décarbonées restent limitées à court terme. La France mise ainsi sur une combinaison de technologies éprouvées et de solutions émergentes pour diversifier ses options de décarbonation industrielle.

Les méthodes de captage du CO2 dans les sites industriels

Plusieurs méthodes de captage du CO2 sont actuellement expérimentées sur le territoire français. Les technologies de captage post-combustion, qui consistent à extraire le CO2 des fumées industrielles après combustion, figurent parmi les solutions les plus matures et les plus répandues. D'autres approches, comme le captage en pré-combustion ou l'oxycombustion, font également l'objet de recherches et de tests dans certains sites pilotes. Le cimentier Vicat développe notamment un pilote innovant de capture de CO2 par des microalgues à Montalieu dans l'Isère, une approche biologique prometteuse qui pourrait compléter les méthodes chimiques traditionnelles.

Ces technologies nécessitent des adaptations spécifiques à chaque type d'installation industrielle et impliquent des investissements importants en équipements et en recherche-développement. Les projets pilotes en cours permettent de tester la faisabilité technique, d'optimiser les rendements de captage et de réduire progressivement les coûts opérationnels. L'objectif est de parvenir à des solutions suffisamment matures et économiquement viables pour être déployées massivement dans les clusters industriels prioritaires d'ici la fin de la décennie.

Les solutions de transport et stockage géologique du carbone

Une fois capté, le CO2 doit être transporté depuis les sites industriels jusqu'aux zones de stockage géologique. Plusieurs options sont envisagées, notamment le transport par pipeline, qui permet d'acheminer de gros volumes de carbone de manière sécurisée et continue, ou le transport par bateau pour les sites côtiers. La France dispose d'un potentiel de stockage géologique conséquent, avec des capacités évaluées entre trois cent cinquante et cinq cents millions de tonnes dans le bassin de Lacq, et entre quatre-vingts et cent dix millions de tonnes dans le bassin parisien. Ces formations géologiques profondes, constituées d'anciennes roches réservoirs ou de gisements épuisés, offrent des conditions de confinement optimales pour garantir un stockage permanent et sécurisé du CO2.

Le gouvernement prévoit de lancer un appel d'offres avant la fin de 2023 pour réaliser des tests d'injection de CO2 dans ces formations souterraines. Ces essais permettront de valider les capacités réelles de stockage, d'évaluer les risques géologiques et de développer les protocoles de surveillance nécessaires pour garantir la sécurité à long terme. La mise en place de ces infrastructures de stockage géologique constitue un prérequis indispensable pour permettre le déploiement à grande échelle des technologies CCUS et atteindre les objectifs de neutralité carbone à l'horizon 2050. Cette approche intégrée, combinant captage, transport et stockage, représente un maillon essentiel de la transition énergétique et de la réduction de l'empreinte carbone de l'industrie française.